Marché moto 2010 : tendance 1er semestre
S'il était encore besoin de le démontrer, hormis dans la tête de certains de nos dirigeants, la moto est devenue un produit socialement intégré. En témoignent les deux tendances à l'œuvre sur notre petit marché deux-roues, identiques à celle de la consommation courante : l'air du temps semble au prêt-à-rouler tendance et éco ainsi qu'aux valeurs sûres.
Kawasaki : 3 ingrédients pour 1 potion magique
Avec 3 520 Z750 et 2 631 ER-6n/f immatriculées depuis le 1er janvier, Kawasaki maintient ses deux roadsters grand public en tête des ventes des motos de grosse cylindrée et démontre sa maîtrise des leviers marketing qui régissent le marché français : le look, le prix et les performances sur leurs segments respectifs. Ces deux best-seller représentent 63 % des ventes du plus petit des constructeurs japonais. C'est à la fois un grand risque et la clef de sa relative bonne santé. Globalement, il réduit la contraction de ses volumes à moins de 8,5 % là où les autres marques japonaises dévissent de plus de 21 % à presque 37 % pour Suzuki.
Malgré la présence de l'inoxydable Bandit 650 dans le top 5 avec 1572 nouveaux exemplaires sur les routes, LE roadster 600-650 le plus accessible du marché vit au rythme des promotions officielles ou non.
Bref, pour redresser l'échine, les grands acteurs du secteurs vont devoir tirer quelques salves de nouveautés et viser juste. En s'installant directement en tête des ventes sur le segment des gros roadsters sportifs (1263 ex.), la nouvelle mouture de la Z1000 illustre parfaitement le pouvoir d'attraction de la nouveauté malgré un style sans concession qui subira rapidement les outrages du temps. Presque plus consensuelle, la CB1000R sera-t-elle contrainte à davantage d'exclusivité pour reprendre sa couronne ? Dans cette logique, même si elle réalise un bon démarrage commercial avec 539 exemplaires immatriculés en une poignée de semaines, la Yamaha FZ-8, directement inspirée de la vieillissante FZ-1, pourra-t-elle résister aux assauts de la Hornet 2011 et surtout à une éventuelle Z750 calquée sur la très agressive version 1000 cm3 ?
BMW et Harley-Davidson : valeurs refuges
A l'opposé, aussi bien BMW que Harley-Davidson semblent s'appuyer sur le climat économique plombé pour prendre de la hauteur. En progression de 12,9 % et 12,5 % respectivement, la marque bavaroise et son homologue américaine jouent de leur image pour séduire une clientèle en quête de valeurs. Les 1539 trails routiers R1200GS (et GS Adventure) ainsi que les 1452 modèles de grand tourisme R1200RT écoulés par le réseau BMW Motorrad France indiquent que les qualités dynamiques, la réputation et l'illustration d'un certain statut social relativisent le prix conséquent de machines qui sortent rarement sans leur lot d'options.
Le travail de fond mené par Harley-Davidson pour dépoussiérer ses valeurs et les ériger en art de vivre porte également ses fruits. Mais au-delà de tout cela, nous notons que les deux marques travaillent à élargir leur base avec un certain succès. Anticipant l'entrée des baby-boomer dans un âge moins propice aux joies motocyclistes, ils multiplient les initiatives pour séduire leurs enfants. Ainsi, les Sportster 1200 Nighster et 883 Iron, reprenant la recette "Dark" de Ducati, représentent 20 % des nouvelles immatriculations. Chez BMW, malgré l'échec de la F800S, les autres bicylindres 800 cm3 et les 410 hypersports S1000RR comptent déjà pour 26 % des ventes.
Hypersports : dinosaures hi-tech ?
La nouvelle sportive allemande roule d'ailleurs à contre-courant dans sa catégorie. En moins de deux ans, les machines conçues pour la piste ont vu leur part de marché fondre comme un slick sur un bitume abrasif. Seule l'arrivée des nouvelles superbikes européennes a maintenu les ventes globales chez les 1000 cm3. Mais avec 256 unités, il n'est pas certain que les dirigeants d'Aprilia soient satisfaits des performances de leur RSV4 en concession. En queue de peloton, la Honda CBR1000RR ne s'est vendue qu'à 197 exemplaires en 6 mois. La faute à un débridage coûteux ?
Chez les 600, c'est encore pire. Depuis le mois de janvier, les nouvelles immatriculations ne représentent plus que 30 % des volumes réalisés durant le premier semestre 2008 ! Aucune des missiles supersport ne parvient à passer le cap des 280 unités. Bien que les circuits soient chaque année plus fréquentés par les amateurs de chronos, l'inadaptation croissante de ces modèles avec les contraintes de l'environnement réglementaire et social va sans doute les maintenir sur la trajectoire du déclin comme le prouve l'explosion en vol de la Triumph Daytona 675 lorsqu'est apparue le roadster StreetTriple (4ème vente moto avec 1703 ex.).
Toutefois, ces merveilles de technologie demeurent des vitrines indispensables du savoir-faire des constructeurs, ce qui devrait assurer leur survie au prix d'une radicalisation continue. La production en séries plus petites, conjuguée à l'inflation des tarifs avec la généralisation des assistances électroniques, devrait d'ailleurs faire le jeu des constructeurs européens. Ces derniers parviennent aujourd'hui à lutter à armes égales avec leurs rivaux japonais sur la piste comme dans les show-room. Cette guerre des mondes sera aussi celle de toute une espèce...
Retrouvez tous le détails des meilleures ventes du mois dans notre rubrique statistiques.


