Aprilia Mana 850 GT ABS vs Gilera GP800
Moto-auto ou scoot-moto ?
Alors que Honda vient juste de commercialiser sa VFR 1200 DCT à transmission automatique, il ne faut pas oublier qu’Aprilia a été, en 2007, le premier à se lancer sur cette voie. La marque italienne faisant partie du groupe Piaggio, il était facile d’exploiter le moteur du plus puissant des scooters, le Gilera GP 800, et de le placer dans un châssis de roadster.
Pour des raisons évidentes de praticité, un deux-roues automatique est pleinement justifié en ville au quotidien, mais cette option n’est plus aussi évidente pour les balades du week-end ou les vacances. Avec ces deux engins, peut-on allier les deux usages et conserver du plaisir sur la route ? C’est ce que nous avons voulu savoir lors d’un test de plus de 500 km en Corse, île réputée pour ses virages et son bitume dégradé.
Sorti en 2007, le Gilera GP 800 affiche finalement une ligne très sobre, même si le nouveau coloris blanc se montre plus pimpant. Seule la double sortie d’échappement signe visuellement sa noblesse mécanique. Le plumage est très typé scooter, avec un large tablier dépourvu de rangement, surmonté d’un pare-brise réglable électriquement. A l’usage, il ne se montre pas plus protecteur en position haute ou basse, mais cela permet de jouer un peu sur autoroute. En ce qui concerne la position de conduite, vous serez parfaitement installé au guidon avec la possibilité d’étendre vos jambes et de vous caler le bas du dos dans le dosseret avant de lâcher les 75 chevaux du V2. Il faut reconnaître que les accélérations de ce scooter sont bluffantes et quasiment égales, comme nous allons le voir, à celles de la Mana en mode Sport, le plus méchant des trois modes de transmission disponibles sur l’aprilia. Le moteur répond instantanément à la moindre sollicitation de la poignée de gaz et pour un habitué du scooter, cela reste exceptionnel. 6 secondes pour le 0-100 m DA, qui dit mieux ? Au passage, on se demande pourquoi le Gilera ne dispose pas de ce système de boîte séquentielle et du choix de mode d’utilisation du moteur (Sport, Touring ou Rain), comme l’aprilia. Le coût est certainement en cause, mais c’est dommage car les sensations de conduite y gagneraient avec la possibilité de passer les sept «pseudo» rapports à main gauche. Pour ne pas maltraiter le moteur, une ligne de quatre voyants (trois jaunes et un rouge) remplace le compte-tours au tableau de bord de la Mana, seul le Gilera disposant de cette instrumentation typée moto.
Avec de telles performances, on peut se demander si le châssis du GP 800 va tenir le rythme, surtout sur ces routes corses particulièrement exigeantes. Nous avions déjà poussé le Gilera à fond lors de son lancement à l’étranger, atteignant 200 km/h au compteur, sans éprouver de flottement inquiétant dans son comportement. Même sur des routes dégradées, où ses suspensions souples montrent trop vite leurs limites, le GP 800 garde le cap et reste précis sur sa trajectoire, plus même que la Mana qui s’est pourtant améliorée sur ce plan par rapport à la première mouture. Seuls les freins du scooter manquent d’endurance avec une garde aux leviers augmentant trop vite au fil des freinages agressifs. De même, les béquilles viendront racler le sol un peu trop facilement pour les plus sportifs d’entre vous. Ces deux désagréments sont absents sur la Mana qui jouit d’une bonne garde au sol en virage et d’un double disque avant avec étriers radiaux 4 pistons, bien plus convaincant que l’équipement du scooter, d’autant qu’elle dispose ici de l’ABS en option (600 €), malheureusement absent du catalogue Gilera. En entrée de courbe, le GP 800 se place plus facilement que la moto grâce à son centre de gravité bas, mais il a plus tendance à élargir la trajectoire en sortie.
Sur les bosses, l’aprilia se montre un peu moins confortable à cause d’une fermeté d’assise que ne compense pas l’amortisseur arrière, réglable facilement de l’extérieur. Précisons également que la Mana propose une selle haut perchée qui laisse les plus petits avec les pieds dans le vide. Du point de vue des performances, logiquement similaires sur les deux engins, le GP 800 ne se fait pas larguer, malgré ses 30 kg supplémentaires.
Nos deux engins proposent des repose-pieds repliables. La Mana n’offre qu’une place réduite et haute à l’arrière, mais la position est bonne, avec une poignée de maintien qui se situe dans le dos. Deux poignées latérales sur le Gilera et une assise beaucoup plus large, mais la carrosserie reste trop proéminente au niveau des mollets et le frottement devient pénible à la longue. Les suspensions se montrent aussi défaillantes sur le scooter que sur la moto.
Une moto automatique, on se dit que c’est fait pour la ville. Sans embrayage, on se sent effectivement plus à l’aise dans les encombrements. Les commandes de la Mana sont agréables et le coffre aménagé dans le faux réservoir s’avère pratique pour ranger son pantalon de pluie, son antivol et son casque une fois arrivé à destination. La position de conduite est naturelle, mais le grand rayon de braquage impose quelques manœuvres superflues en stationnement. Quoi qu’il en soit, en ville, les bonnes manières de la Mana valent bien l’aisance relative d’un maxiscooter… surtout s’il s’agit du GP 800 ! Lourd, le Gilera se fait pataud dans les embouteillages, même s’il braque plus court et que sa selle est plus basse. Une surcharge pondérale qui mériterait vraiment une cure minceur, même si le moteur est tout à fait capable de propulser cette masse.


