Interview Mélusine Mallender : 20 000 km en Varadero 125
Bonjour Mélusine. Avant toute chose, expliquez-nous pourquoi vous avez acheté une 125 et particulièrement celle-ci, alors que vous avez le permis A ?
J’ai d’abord passé mon permis voiture mais je voulais comme premier véhicule une moto pour la liberté que cela représentait. J’ai décidé d’acheter une Varadero, qui a été une sorte de coup de foudre. Mon père m’a donné des cours de moto et j’ai roulé des dizaines de milliers de kilomètres avec. J’ai en fait très vite passé mon permis moto, mais j’aimais déjà trop ma 125 pour en changer et finalement on est encore ensemble.
Comment avez-vous attrapé le "virus" de la moto ?
J’ai toujours aimé la moto, mes deux parents étaient motards au quotidien. La moto, surtout une « petite » 125 relativement accessible financièrement, représente la liberté, la capacité de s’extraire d’un univers pour passer à un autre. Et la solidarité qui règne entre motards n’est pas un vain mot. Cela fait du bien dans notre monde parfois individualiste.
Est-ce le premier voyage de longue haleine que vous entrepreniez, à moto ou autrement ?
J’avais fait le tour de France à moto et plusieurs voyages au long cours, en Asie surtout. Puis, en 2009 j’ai participé à l’expédition Hielo Continental avec Christian Clot : six mois à pied et en kayak dans les lieux les plus isolés de la en Patagonie australe (www.christianclot.com). Cela m’a « armée » pour celle-ci car c’est la première que je fais seule de manière aussi dure et à moto. On croit que le moteur fait tout, or c’est loin d’être le cas et dans les plaine d’Asie centrale, la fatigue vient vite. Je réalise que cela n’a rien à voir de voyager seul ou à deux dans de telles conditions. On ne peut se reposer que sur soi, cela peut être épuisant. Mais c’est passionnant aussi et j’adore ça !
Comment vous êtes vous préparée ?
La préparation de ce voyage s’est faite au cours de l’an passé, de manière assez simple. Je voulais partir avec ce que j’avais, ma moto et l’équipement que j’ai depuis longtemps, et rester simple tout en sachant que j’allais avoir pas mal de difficultés. En réalité, ce qui m’a le mieux préparée fut cette expédition en Patagonie et les conseils précieux de Christian Clot.
Par ailleurs, êtes-vous soutenue par des sponsors ?
Pas vraiment, plutôt par des amis qui eux ont été sans faille. Vous savez, un voyage comme celui-ci, tant que l’on est pas parti, il est difficile de prouver que l’on va le faire. Il y a malgré tout beaucoup de monde qui rêve, qui pense à ce genre de voyages, qui envoie même des dossiers de sponsoring. Mais au final, un petit nombre part vraiment. Je voulais d’abords être sûre de partir. Chez Honda, la première réaction à été de trouver que ma moto était trop vieille. Je les comprends… Mais j’ai une confiance énorme dans cette moto.
Vous a-t-on parfois déconseillé de le faire, à plus forte raison car vous "êtes une femme" ?
Les réactions des gens vont de "c’est impossible" à une certaine admiration, pour beaucoup en effet parce que je suis une femme. Voilà bien une partie du pourquoi de cette entreprise. Je ne suis pas féministe au sens strict du terme, mais je ne vois pas pourquoi une femme partant pour ce genre d’aventure devrait être plus admirée qu’un homme. Nous avons tous nos qualités et nos défauts, qui sont selon les moments des avantages ou des inconvénients. Le voyage apprend à tirer le meilleur de chacun, à se respecter et respecter les autres. Femme ou homme, de ce côté-là, il n’y a pas de différence. Je me trouve souvent moins « chochotte » que certains gars qui roulent à moto alors… Il faut dire que j’ai été à bonne école. Dans une expédition comme Hielo Continental, où tu ne peux absolument compter que sur toi, il n’y a plus de problématique féministe. Si tu veux vivre, tu dois agir. Point. Christian me l’avait bien fait comprendre et ne m’a jamais traité différemment parce que j’étais une femme. Il faut utiliser les forces de chacun et connaître ses faiblesses.
Ce genre de voyage nécessite une certaine connaissance en mécanique pour pouvoir réparer soi-même en cas de panne, non ?
Bien entendu, mais il faut surtout de faire preuve de bon sens ! Mon père, l’équipe du garage Cardy (Paris) m’ont aidé à acquérir les bases et à préparer la moto. Maintenant, j’apprends le reste sur le tas. Ma Varadero n’étant pas à injection électronique, presque tout est réparable, voire re-fabricable si nécessaire. Dans les pays que je traverse, les mécaniciens font encore des miracles au fond de petites baraques. Ce qui nous paraît perdu n’est pour eux qu’une affaire de temps et de volonté. Je trouve toujours de l’aide en cas de besoin.
D'ailleurs, quels problèmes avez-vous rencontrés jusqu'ici avec votre Varadero plus toute jeune ?
Une de mes plaquettes arrière s’est décollée et j’ai abîmé mon disque. Un roulement arrière a lâché. Et mon levier d’embrayage s’est cassé lors d’une chute. L’essence est souvent un souci : moins pure que chez nous, je brûle pas mal de bougies ! Ma plus grosse panne s’est produite hors piste en Mongolie, où la suspension centrale a rendu l’âme. Mais en fait, aucune de ces avaries n’est majeure ni anormale vu l’âge des pièces et les pistes en terre très dures que je prends, voire le hors piste lorsque c’est nécessaire. Essayez juste d’imaginer cette moto 125 de 130 000 km roulant au milieu de la steppe mongole sans route… Finalement, on peut dire que jusqu’ici, tout va bien ! Pour la majorité de ces problèmes, j’ai pu faire appel à des gens qui m’ont aidée et qui, comme pour les plaquettes et le disque, ont entièrement fabriqué de nouvelles pièces. Incroyable non ?
Quelles étaient justement les réactions des populations à votre égard ?
Les gens sont dans l’ensemble très accueillants et ont envie de prendre soin de moi parce que je suis une femme. Parfois un peu trop d’ailleurs. Je suis aussi souvent traitée de folle par les hommes qui ne comprennent pas que je ne sois pas avec un mari et des enfants chez moi. Quelques fois, j’ai dû repousser des avances un peu trop insistantes. Une femme seule sur une moto donne moins l’image d’une femme au foyer que d’une fille facile pour certains hommes très machos d’Asie centrale et de Russie. Mais cela reste l’exception et j’ai un très bon contact avec la population. Ils sont aussi curieux que moi, les rencontres sont souvent passionnantes.
En définitive, aviez-vous besoin de ce défi pour dire adieu à votre moto, à laquelle vous semblez très attachée ?
Le Japon est le pays de naissance de l’esprit de la Varadero. Je suis née en France, ma moto a été construite en Europe, pour un marché strictement européen. Mais "l’âme" de Honda demeure, vous savez, "live your dream...". Et toute la qualité de fabrication Honda est là aussi pour justement nous permettre de vivre ce rêve, même si c’est bien nous qui le vivons et pas la moto. Dans un sens, aller au Japon, c’était pouvoir dire merci à cela.
J’avais besoin de ce voyage pour dire au revoir à ma moto et continuer à me construire, moins en tant que motarde qu’en tant que voyageuse libre d’esprit et ouverte sur le monde. Il s’agissait aussi de relier deux mondes différents et finalement pas si opposés.
Au bout de l’aventure, après ce voyage qui devait justement être un hommage d’adieu, je pense qu’il me sera encore plus difficile de me séparer de ma Varadero. Mais pour l’instant, on essaye de continuer ensemble et la route est encore longue.
Le blog Back to Japan : http://backtojapan.fr/
Paul (redaction@sriwils.com)

