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mis en ligne le : mercredi 27 avril 2011

Thierry Mouterde : Ducati à la conquête du monde !

Texte : Maya
Moto-infos a eu la chance de pouvoir rencontrer Thierry Mouterde, directeur général de Ducati West Europe, qui rentrait à la fin de la semaine dernière d'Italie... Il a pu nous donner des nouvelles toutes fraîches en provenance directe de Bologne et cela vaut le détour ! Le Diavel, l'arrivée de Valentino Rossi, l'élargissement ou non de la gamme et le développement à l'international : les objectifs sont corsés, c'est le cas de dire... Ducati la Rouge part à la conquête du monde !

Moto-infos : Quel genre de motard êtes-vous ? SBK, Multistrada ou Diavel ?

Thierry Mouterde : Je roule depuis plus de 16 ans, depuis que je suis entrée chez Dainese en fait. Aujourd’hui j’ai un Diavel, c’est la moto qui me correspond le plus en termes de taille, de fonctionnalités, et de facilité à rouler en ville au quotidien. Sinon, personnellement, j’ai une collection d’anciennes, notamment une Ducati Scrambler, avec laquelle je roule lors de réunions d’amateurs d’anciennes.

M-I : Dainese et Ducati sont liées depuis longtemps par l'intermédiaire de la ligne de vêtements et d'équipements Ducati. Passe-t-on facilement d'un secteur à l'autre ?

T.M. : Oui, pour la bonne et simple raison que ça reste dans le même monde, j’ai affaire aux mêmes concessionnaires en tant que clients, beaucoup étaient communs aux deux marques donc je ne perds pas de temps à m’imprégner du secteur.

M-I : Fort de votre expérience, allez-vous donner une place plus importante à la gamme de produits dérivés ?

T.M. : Une part plus importante si c’est possible oui, une réorganisation de la partie accessoires sans aucuns doutes. C’est vrai qu’aujourd’hui Ducati a mis l’accent sur la moto, mais les gammes d’accessoires se développent énormément. J’étais assez surpris du chiffre d’affaires réalisé des vêtements siglés Ducati, donc il y aura certainement du travail à faire pour ce qui est des présentations des collections, et leur amélioration, afin de toucher une clientèle un peu plus large qu’aujourd’hui.

M-I : Au cours des 5 dernières années, les ventes de Ducati ont progressé de 18,3% (3163 immats en 2006 et 3743 immats en 2010) et votre part de marché (moto + scooter) dépasse les 2% (1,40% en 2006 et 2,02% en 2010). Quelles sont les ambitions de Ducati pour les prochaines saisons ?

T.M. : Justement, je rentre d’Italie ce matin après trois jours en réunions avec le président et les actionnaires : les ambitions sont très élevées. Ducati aujourd’hui en 2010 produits environ 37 000 véhicules monde, les objectifs à fin 2013 sont de 60 000 véhicules, pour ne pas citer les rêves, les ambitions qui ne sont pas encore entérinées à fin 2015, qui sont de 100 000 motos.

M-I : Un énorme défi donc ?

T.M. : Oui, un défi qui passera par le renforcement du marché européen mais aussi par le développement des autres marchés, notamment en Asie où les droits de douanes sont énormes. Pour cela, nous ouvrons une usine en Thailande, qui produira des motos spécifiques au marché asiatique en termes de motorisations pour correspondre aux législations locales, à commencer par le Monster. Mais nous comptons aussi trouver très bientôt un partenaire sous-traitant au Brésil qui monterait nos motos et développer les marchés brésilien et sud-américain où les résultats sont aujourd’hui insignifiants, toujours à cause des taxes.

M-I : L'arrivée de V. Rossi a-t-elle changé quelques choses sur les ventes ? Sur les ambitions de la marque ? Randy De Puniet pour la France, est-ce un bon ambassadeur ?

T.M. : On ne pouvait rêver mieux que Valentino Rossi pour dynamiser la marque. En Italie, c’est le sportif n° 1, un véritable phénomène. On ressent l’effet Rossi bien sûr sur les ventes d’accessoires, notamment de la ligne Ducati Rossi qui part comme des petits pains. Je ne pense pas que l’on puisse mettre pour l’instant la progression des ventes de motos sur le compte de son arrivée, mais il est incontestable que c’est un gros plus pour la marque. Pour Randy, qui court dans le team non officiel, nous sommes ravis car c’est le seul pilote français de MotoGP (chez Ducati Pramac, ndlr), idéal pour le motard français.

M-I : Dans le même temps, les marques à fortes identités comme BMW, Triumph et Harley-Davidson ont vu leur PDM progresser de 1,46%, 1,79%, 1,88% respectivement alors qu'aucun de ces constructeurs n'enregistre de résultats comparables à ceux de Ducati en compétition. Cela va-t-il avoir une influence sur votre stratégie ?

T.M. : La compétition fait partie de l’ADN de Ducati, c’est grâce à la compétition que Ducati a cette aura auprès des motocyclistes du monde entire, loin de nous l’idée de sortir de la compétition à ce niveau-là en tous les cas ? Ducati Corse est une entier de Ducati Motor Holding, avec sa propre gestion, ses propres objectifs, en termes de retombées médiatiques, il est évident qu’on compte beaucoup sur Ducati Corse pour développer les ventes sur tous les marchés. Donc hors de question de diminuer cette présence en compétition, même si cela représente un budget considérable et que nous avons moins de moyens que les Japonais par exemple.

M-I : Le segment des scooters et des petites cylindrées représente aujourd'hui une part croissante des immatriculations en France et partout en Europe. Faut-il s'attendre à une incursion de Ducati sur ce segment ? Avec quel genre de produit et à quelle échéance ?
 
T.M. : J’entends parler depuis cinq semaines de ce maxi scooter, mais non, je peux vous le confirmer ce n’est pas prévu du moins à l’horizon 2015. C’est un investissement colossal en termes de production et nous n’avons pas les moyens actuellement pour nous lancer sur ce segment. Pas de petites cylindrées non plus, puisque notre cœur de cible est la moto au-dessus de 600 cm3.
Par contre, élargir la clientèle avec de nouveaux modèles au cœur sportif comme la Multistrada ou le Diavel, oui.

M-I : La clientèle féminine prend de l'importance pour Ducati… De quelle manière et comment la séduire davantage ?

T.M. : Cette clientèle se développe, nous avons un modèle qui correspond à leurs attentes, la 696, mais beaucoup se tournent aussi vers le 848, qui est une sportive à petit moteur par rapport à la 1198. C’est pas mal dans une gamme qui n’est pas si large que cela. Ce sont des motos faciles, en tout cas la 696, qui plaisent aux femmes par leur style, leur ligne.

M-I : Plusieurs marques concurrentes ont vu leur réseau souffrir avec la crise. Dans quelle situation se trouvent les concessionnaires Ducati ? Quel soutien leur apportez-vous ?

T.M. : La situation du réseau, tel que je l’ai trouvé en arrivant, montre des concessionnaires qui marchent très bien, d’autres moyennement  et d’autres pas du tout. Mon travail principâl sera un travail de terrain, ça tombe bien c’est ce que j’aime particulièrement. J’ai déjà commencer à les rencontrer et promis de les rencontrer tous dans les semaines à venir de façon à comprendre leurs besoins, leurs attentes, leurs soucis, pour les écouter. C’est un maillon essentiel, entre la production et le concommateur final à qui je vais accorder beaucoup d’importance. je compte énormément sur eux, pour porter haut et fort les couleurs de Ducati.
Cela passe par une présence accrue de mes équipes sur le terrain, en termes de marketing local, en termes commerciaux, avec des territorialités bien définies. Je souhaite leur faire comprendre que nous travaillons main dans la main pour satisfaire des objectifs communs, dans une démarche « gagnant-gagnant ».

M-I : A en croire les forums spécialisés, certains fidèles de la marque ne se retrouvent plus dans ses valeurs actuelles et son positionnement de plus en plus technologique. Y-a-t'il des projets concernant des machines moins sophistiquées et plus abordables dans les années à venir ?

T.M. : C’est me demander si Ducati veut faire machine arrière après avoir mis tout ça en place ! Cela me rappelle ce qu’il s’est passé avec Porsche et le moteur à refroidissement liquide, que les puristes ont décrié, mais aujourd’hui regardez les chiffres de ventes de Porsche ! Et les puristes sont restés fidèles... Nous avons besoin d’élargir notre clientèle, le segment hypersport décline, Ducati a donc dû développer d’autres gammes, sans perdre son âme sportive, et c’est grâce à cela que la marque a pu survivre. Nous touchons une nouvelle clientèle en mettant de la technologie dans nos motos, li y a une demande pour cela et le succès de la Multistrada et du Diavel démontrent aujourd’hui que nous en avions besoin.

M-I : Le Diavel est-il réellement une machine pour l'Europe ? Beaucoup disent qu'elle a été pensée pour le marché américain compte tenu du manque d'intérêt pour les roadsters là-bas, quelles sont les ambitions de Ducati West Europe avec cette moto ?

T.M. : Le Diavel a été conçu il y a déjà trois ans de cela, je doute fort qu’il ait été projeté pour le marché américain, compte tenu de nos ambitions mondiales. Nous n’imaginions d’ailleurs pas le succès qu’elle connaît aujourd’hui de part le monde, pas plus aux USA qu’en Europe : il y un délai de quatre mois pour la livraison ! Cette moto est faite pour tous les marchés et ouvre un nouveau segment, le sport cruiser, et nous touchons une clientèle à 360°, allant du possesseur de maxi scooter à celui qui roule en sportive. C’est avant tout une excellente moto, comme le prouvent tous les articles parus à son sujet de part le monde !

M-I : Des événements spécifiques, comme le Centopassi, vont-ils voire le jour, pour promouvoir les nouveaux produits comme le Diavel ?

T.M. : La priorité est aujourd’hui de produire pour satisfaire la demande ! Mais travaillons déjà avec une agence de voyage du sud de la France, qui organise des week-ends en Diavel et puis surtout il y a le Desmo Tour, pour faire connaître la gamme et notamment le Diavel. Même si rien n’est en projet pour l’instant, nous pourrions effectivement imaginer un événement spécifique.

Réaction(s) (2)
1 | écrit le mercredi 27 avril 2011 à 17h14 par zouc
MERCI au staff de Moto-Info. pour cette interview.
100.000 tomos Ducat. pour ... 2015 ... WAOUH ... grosse ambition chez Ducati.
Faut penser à payer V. Rossi ...
A+...VVV..zouc.
2 | écrit le mercredi 27 avril 2011 à 19h03 par ravachol
mouais....

déja 6 mois de délais pour une machine neuve,
un SAV pas toujours à la hauteur (cf politique des "Stores"), délais de prise de rendez-vous, attente pour les pièces, travail parfois bâclé
même avec des usines en asie, (au brésil ?),
je ne suis pas sur que les objectifs (100 000 pour 2015 !) soient raisonnables...

notre chère marque perdrait-elle son âme ?
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